100 JOURS DE PLUIE

radiocab #leblog

Le nouveau recueil de Giuglietta

sortira  en mai 2015

(Selfish, 136 pages, couverture et illustrations Riff)

Des nouvelles ? Si l’on on veut, car 100 JOURS DE PLUIE se lit plutôt comme un roman…

Il est question de rêves, de rock, des rues du quotidien, de ports de la côte normande, d’îles exotiques, d’ennui, d’amitié, de vengeance, du Havre et… de la pluie.

Selfish lance dores et déjà une souscription pour aider à sa publication.

Pour 8 euros, vous recevrez le livre chez vous en mai, ou viendrez le découvrir autour du verre de l’amitié…

(date et lieu prochainement confirmées)

Merci pour votre soutien…

Amitiés

Juliette

Chèques à adresser à Selfish 271 rue Aristide Briand76600 accompagné de vos coordonnées SVP

Giuglietta De l'eau aplat

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Je ne suis pas inquiète

Aujourd’hui, il fait beau. Mais je ne suis pas inquiète. D’accord, le vent est tombé alors que la température remonte. Certes, les oiseaux chantent, une voiture est passée vitres ouvertes – j’ai cru entendre une de ces chansons qu’ils écoutaient dans les 80’s aux beaux jours, saxo omniprésent sur fond de basse boom-boom. Quelques fleurs sont apparues, étonnées, un peu effrayées, quoi ? du beau temps ? fin mai ? Les clodos dans ma rue se bredouillent intérieurement à peu près la même chose sans doute. Les scooters vrombissent allègrement. D’ici peu on demandera poliment aux vieux de rester chez eux, aux gosses de ne pas courir, aux femmes enceintes d’arrêter de respirer. Je reste sereine. Je ne suis pas inquiète, la météo annonce que bientôt il pleuvra.

à Georges Moustaki

Ma liberté,longtemps je t’ai gardée,

Comme une perle rare,
Ma liberté,C’est toi qui m’as aidé à larguer les
amarres.
Pour aller n’importe où,pour aller jusqu’au bout
des chemins de fortune,
pour cueillir en rêvant une rose des vents sur un
rayon de lune.
Ma liberté,devant tes volontés
mon âme était soumise,
Ma liberté,je t’avais tout donné ma dernière
chemise.
Et combien j’ai souffert pour pouvir satisfaire
tes moindres exigences,
j’ai changé de pays,j’ai perdu mes amis
Pour gagner ta confiance.
Ma liberté,tu as su désarmer toutes mes
habitudes,
Ma liberté,toi qui m’as fait aimer même la
solitude.
Toi qui m’as fait sourire quand je voyais finir une
belle aventure,
Toi qui m’as protegé quand j’allais me cacher
Pour soigner mes blessures.
Ma liberté,pourtant je t’ai quittée une nuit de
décembre,
J’ai déserté les chemins écartés que nous
suivions ensemble.
Lorsque sans me méfier les pieds et poings liés
Je me suis laissé faire,
Et je t’ai trahie pour une prison d’amour et sa
belle geôlière.(bis)

Ode à la liberté ? J’y entends plutôt un magnifique chanson d’amour ! Une des nombreuses sublimes chansons de ce bel homme, de ce métèque poétique qui ne nous manquera pas puisqu’on écoutera toujours ces mots…

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Georges Moustaki, de son vrai nom Giuseppe Mustacchi, était né le 3 mai 1934 à Alexandrie, de parents juifs grecs immigrés en Egypte.

Il s’était installé à Paris en 1951 et y avait fait une rencontre déterminante, celle de Georges Brassens qui l’avait intronisé dans les nuits de Saint-Germain-des-Prés. C’est en son hommage qu’il avait adopté le prénom Georges.

A la fois auteur et compositeur, il a écrit quelque 300 chansons pour les plus grands interprètes, Piaf, Montand, Barbara, Gréco, Reggiani, avant de les chanter lui-même avec succès.

Ses chansons les plus célèbres restent «Milord» (1958), écrite pour Edith Piaf et traduite dans le monde entier, puis «Le Métèque» (1969), d’abord chantée par Pia Colombo et dont le refrain a fait le tour de la planète.

Plusieurs autres sont devenues des classiques, comme celles interprétées en 1966 par Reggiani , «Sarah», «Ma liberté», «Ma solitude», «Votre fille a vingt ans», mais aussi «La Dame brune» (Barbara, 1968), ou encore «Joseph», «La Marche de Sacco et Vanzetti».

 

photo : cc Nationaal Archief

La tâche de café

J’ai voulu écrire, mais il y avait une petite tâche de café, déjà séchée, sur la toile cirée. Je me suis levée, j’ai pris l’éponge, j’ai nettoyé et j’ai remis l’éponge dans l’évier. Une gorgée, une taf, un stylo. Le tiroir du bas de la gazinière était entrouvert, je me suis levée et d’un léger coup de pied je l’ai refermé. Je me rasseois, je reprends le stylo. Le chat n’a plus de croquettes. Je me lève, je remplis l’écuelle. Quelques mots. Aller aux toilettes. Me revoici. Ce ne sont pas mes cigarettes habituelles. Encore un café et une bouffée – désagréable, quelques mots. La chauffe-eau fait un bruit pénible. Il y a de la vaisselle dans l’évier. Je voudrais bien écrire. Il faudrait que je me lime les ongles, que je fasse un courrier pour GDF. Je note : appeler le réparateur pour la chaudière, acheter des oeufs, du parmesan, contacter l’assurance. Je refais un café, je rallume une clope. Je fixe le mur d’en face. Et le temps gris n’en finit plus d’être gris. Les disques sont en bazar, presque tous hors de leur pochette depuis la dernière soirée. J’avais envie de parler de taffetas, robes à pois, volants, chemisier vichy, bas de soie, rose fuchsia. Sais pas pourquoi. La vie d’une modiste ? Une soirée de couturière ? Une ruée dramatique un jour de soldes au rayon escarpins ? J’aimerais que ce soit le printemps et que les filles se fassent belles pour sortir.  » Si les fleurs le long des routes s’mettaient à marcher… » Le silence me pèse. Pour écrire il en faut. Je devrais peut-être me laver d’abord, m’habiller. Sortir chercher un paquet de mes clopes préférées. Mais à côté il n’y en a pas. Si je vais au tabac, je passe à la pharmacie. Et à la Poste aussi alors. Mais du coup, je reviens dans une heure. Ecrire d’abord. Tout me nargue : la pile de papiers à trier, les disques, la vaisselle, les vitres ont bien besoin d’un coup de chiffon, sortir la poubelle, passer le balai. Retour à la table. Hugo, Zola, les autres… ne faisaient pas le ménage. Ils n’y songeaient jamais. Ils écrivaient, c’est pourquoi nous lisons leurs livres. Ils écrivaient, ardemment, patiemment, longuement, sans se soucier de rien d’autre. « Aux Bonheur des Dames », bien sûr, le titre est déjà pris. En cette fin du mois de mai, il fait si froid que même le persil ne pousse pas. Il serait bien temps de penser à autre chose. Il était une fois… rien du tout… Quelquefois les mots viennent, on oublie la ville, la maison, le persil, la vie, les soucis, le silence, le froid et même le tabac. D’autres fois, ils sont bloqués, coincés, agglutinés, comme un troupeau en pleine panique devant les portes de l’abattoir. Petits, petits, petits…Venez-donc et n’ayez pas peur ! Sortez, bon sang ! Allez ! Je sais que vous êtes là !!! Voulez-vous venir à la fin ?… Où se cachent les volutes, les frou-frous, les crissements du nylon, les couleurs du dimanche, un bracelet d’argent sur un bras alangui ? Les courbes et les cils, les regards de faïence ? Ou donc déambulent les Princesses d’Orient, les Anges d’Istambul, ports de Reines et fierté noire ? Les mots qui disent doux, chaud, translucides ; fraicheur, élégance, sourire, virevolte, cadence, résilles, dentelles, nattes et tresses, boucles savantes et lacet de satin ? Ils refusent méchamment de défiler sur cette page. Petits, petits, venez à la Parade. Montrez vous, aguichez nous, vous avez plus d’un tour dans votre sac à main. Ils sont d’une humeur de Diva. Des stars vieillissantes, oui. Calfeutrés dans leur caravane et arrosant leur thé de deux doigts de whisky. Tant pis, moi je m’en vais.
Je voulais écrire mais il y avait une tâche sur la table…

CABRIOLES

J’ai un nouveau stylo. Il marche très bien. Mieux : il court sur la page. Les mots le précèdent, car les mot, impatients, se bousculent. Mais il les rattrape rapidement, il les prend au lasso, les met en boucles. Pleins et déliés. Les mots se cabrent un peu, pour de rire, parfois les mots sont rebelles, rétifs, les miens sont souvent colériques, joyeux pourtant, primesautiers. Comme sautent des labris au printemps…des cabris ou des colibris. Ils ont la couleur qu’on leur donne. Jaune aujourd’hui, et bleu, puisqu’il fait beau. Les mots sont de petits caméléons : gris les jours de pluie, noirs la nuit et tout mouillés de larme s’il pleut…. s’il pleut d’ailleurs ils sortent peu, le stylo de son capuchon leur fait une capuche.

VA FAN CULO !

Va fan culo ! C’est ce que je dis. Je le pense, alors je le dis, je le crie même ! J’ouvre les volets, en les claquant bien fort, chacun de son côté, contre le crépi de la façade. Celui de droite claque moins bien, à cause de la glycine, qui a poussé depuis le temps.

Va fan culo ! Après ça je cours à la salle de bains, j’attrape une bassine, je la remplis d’eau froide. Je vise de mon mieux, pas facile, il fait sombre sur la terrasse, je balance la flotte !

Va fan culo ! Ça ne me défoule même pas tiens, d’avoir jailli de mon lit, claqué les volets et jeté l’eau par la fenêtre, tellement j’ai les nerfs à vif ! Il en faudrait plus, j’enrage, je bous ! Va te faire foutre, maledetto ! Ça m’est égal si ça réveille les voisins ; et ce qu’ils en diront demain ça m’est égal aussi. Et le chien qui aboie, et le petit qui pleure maintenant. Et ma fille – sa mère – qui me regardera de travers au petit-déjeuner. Ça fait vingt ans qu’elle me regarde en biais de toute façon, pauvrette.

Je l’ai élevée comme j’ai pu cette chose idiote qui me hait, parce qu’elle croit que, peut-être, son père s’il est mort c’est à cause de moi. La vérité, elle lui aurait apporté plus que mes pauvres mensonges? J’aurais dû le lui dire : il est parti, il s’en fout de toi comme de moi, il va courir le monde, voir si l’herbe est plus verte dans le pré du voisin ? S’il est meilleur son vin ? J’aurais dû le lui dire ? Et qu’il partait pour faire des gosses qui ne lui ressembleraient pas ?

Vingt ans que je supporte les reproches silencieux inscrits sur ce visage, miroir de celui de son père. Elle a suivi toutes les modes et hier encore, gothique, elle portait une croix et c’était la mienne, celle de ma culpabilité qui s’inscrit en lettres invisibles sur ses mini T-shirts, saigne sous ses piercings et suinte de cette face blême qui ne sourit jamais.

Et ça frappe en bas, ça frappe à la porte. Tu peux frapper, ma che miseria, je n’ouvrirai jamais. Installe-toi bien, tu y passeras la nuit devant ma porte dont la peinture verte s’écaille un peu, mais rend si bien en contraste avec les murs ocres. Longtemps elle est restée ouverte, et longtemps la lumière du perron allumée chaque nuit, qu’importe la dépense. Au début la maison, la petite et moi on croyait à ce retour, on imaginait des étreintes, des pleurs, des pardons, des mercis et le soleil sur la Toscane.

Va fan culo ! Un soir, machinalement j’ai donné un tour de clé derrière moi, avant d’entrer dans la cuisine faire le repas du soir. Le chien m’a regardée avec étonnement, ou c’est moi qui l’ai cru, avec mes yeux mouillés… J’ai séché mes larmes. D’ailleurs je me suis desséchée sur pied comme les ceps de notre vigne, ceux qui sans qu’on sache pourquoi, un jour ne donnent plus. J’ai taillé, pulvérisé, arrosé, récolté, rangé, lavé, cuisiné, engrangé ; j’ai marché et couru, avancé quoi.

J’ai mangé mon chagrin, avalé je l’ai ; chien maigre quêtant sa pitance, j’ai rongé en silence mes pattes qui saignaient. J’ai porté l’habit noir des veuves, alors que même ici cela ne se fait plus, j’ai dit qu’il était mort d’un accident de travail, là-haut dans le Nord du pays. Et non je n’ai pas refait ma vie, c’est un luxe ces choses, c’est des histoires de riches et qui se passent ailleurs. Des conneries pour la télé. Parfois à la fête j’ai ri, et laissé l’un ou l’autre me pincer la taille. J’ai eu des copines, des chants, quelques bals où tournoient les jupes, des tentations. Une fois même, une nuit de lune pleine, comme ce soir, sur la margelle du puits, sur le banc de la terrasse… c’est loin tout ça, je n’en veux plus, ça ne m’apporte rien.

J’ai quarante ans ce soir et on frappe à ma porte. J’ai vécu cette scène cent fois ou mille peut-être, j’en ai tant rêvé, à ne plus savoir si c’était éveillée, si c’était en dormant. « J’ai refermé ma porte et j’attends le passé », j’avais écrit un soir sur un papier, quand de ma chambre je voyais les cyprès ployer sous le vent. Leurs cimes bougent aussi ce soir, et la lune est ronde là-haut, même si le jardin est noir. Mais frappe, frappe, je sais qui tu es, je ne t’ouvrirai pas.

Va fan culo ! Moi je suis l’Italienne !!!

À la mémoire du plus beau de tous les Serge…